Chapitre 4
Le jeu vidéo devient un décor oublié
Au début, c'était le jeu qui nous avait réunis. C'était dans cet univers virtuel que nos avatars se croisaient, que nos chemins s'étaient entrelacés pour la première fois.
Mais progressivement, le jeu est devenu secondaire. Voire tertiaire. Voire... oublié.
Nos conversations sur la plateforme de messagerie ont pris tellement d'ampleur, tellement d'importance, que jouer ensemble est devenu presque une formalité. Parfois, on se connectait tous les deux au jeu, mais au lieu de jouer, on passait des heures à discuter dans le chat, à raconter nos vies, à partager nos pensées les plus intimes.
Le jeu n'était plus qu'un prétexte. Un décor. Un fond sonore à nos échanges qui devenaient de plus en plus essentiels à mon équilibre mental. Je réalisais que je passais plus de temps à penser à elle, à attendre ses messages, à relire nos conversations, qu'à faire quoi que ce soit d'autre dans ma vie.
C'était inquiétant, je le savais. C'était probablement malsain. Mais je ne pouvais pas m'arrêter. Chaque notification de message devenait une injection d'adrénaline directe dans mon cœur. Chaque silence prolongé devenait une torture insoutenable. J'étais accro. Accro à ses mots, à sa présence numérique, à cette illusion de proximité que nous construisions brique par brique, message par message.
Et puis il y a eu ce soir-là. Ce soir où tout a basculé.