Chapitre 8
Les fissures dans le mur de mots
Les premiers signes sont apparus progressivement. Si subtilement que je n'ai pas voulu les voir.
Ses réponses sont devenues plus courtes. Plus espacées. Moins chaleureuses. Les « je t'aime » se sont espacés. Les surnoms d'amoureux ont disparu. Les conversations qui duraient des heures entières se sont réduites à quelques échanges rapides, fonctionnels, impersonnels.
Je sentais que quelque chose clochait. Je le sentais au fond de mon ventre, cette boule de stress qui grandissait chaque jour un peu plus. Mais je refusais de l'admettre. Je refusais de croire que notre amour — cet amour que j'avais construit avec tant d'espoir, tant de foi, tant de dévotion — pouvait s'effondrer aussi facilement.
Alors j'ai fait ce que font tous ceux qui ont peur de perdre quelque chose de précieux : j'ai serré plus fort. J'ai envoyé plus de messages. J'ai été plus présent, plus attentif, plus démonstratif. J'ai inondé nos conversations de déclarations d'amour, de promesses d'avenir, de projets fous pour notre future rencontre — cette rencontre que nous reportions sans cesse, qui semblait reculer à mesure que le temps avançait.
« On devrait se voir un jour. Vraiment. Je veux te rencontrer. Je veux te voir en vrai. »
« Oui, un jour. »
répondait-elle, évasive, distante.
« Un jour » — ces deux mots qui veulent dire « jamais » sans avoir le courage de le dire.
Je sentais que je perdais du terrain. Que je glissais sur une pente de plus en plus raide, de plus en plus glissante. Que notre amour de mots s'érodait sous l'effet du temps, de la distance, de l'absence.
Mais je ne savais pas quoi faire. Je ne savais pas comment sauver quelque chose qui n'avait jamais vraiment existé.