Chapitre 8

Les fissures dans le mur de mots

Les premiers signes sont apparus progressivement. Si subtilement que je n'ai pas voulu les voir.

Ses réponses sont devenues plus courtes. Plus espacées. Moins chaleureuses. Les « je t'aime » se sont espacés. Les surnoms d'amoureux ont disparu. Les conversations qui duraient des heures entières se sont réduites à quelques échanges rapides, fonctionnels, impersonnels.

Je sentais que quelque chose clochait. Je le sentais au fond de mon ventre, cette boule de stress qui grandissait chaque jour un peu plus. Mais je refusais de l'admettre. Je refusais de croire que notre amour — cet amour que j'avais construit avec tant d'espoir, tant de foi, tant de dévotion — pouvait s'effondrer aussi facilement.

Alors j'ai fait ce que font tous ceux qui ont peur de perdre quelque chose de précieux : j'ai serré plus fort. J'ai envoyé plus de messages. J'ai été plus présent, plus attentif, plus démonstratif. J'ai inondé nos conversations de déclarations d'amour, de promesses d'avenir, de projets fous pour notre future rencontre — cette rencontre que nous reportions sans cesse, qui semblait reculer à mesure que le temps avançait.

« On devrait se voir un jour. Vraiment. Je veux te rencontrer. Je veux te voir en vrai. »

« Oui, un jour. »

répondait-elle, évasive, distante.

« Un jour » — ces deux mots qui veulent dire « jamais » sans avoir le courage de le dire.

Je sentais que je perdais du terrain. Que je glissais sur une pente de plus en plus raide, de plus en plus glissante. Que notre amour de mots s'érodait sous l'effet du temps, de la distance, de l'absence.

Mais je ne savais pas quoi faire. Je ne savais pas comment sauver quelque chose qui n'avait jamais vraiment existé.


Troisième Partie

Le déchirement

Chapitre 9

Les mots qui tuent

Elle a choisi un jour banal pour me détruire.

Pas un anniversaire. Pas une fête. Pas un moment chargé d'émotion. Juste un jour comme les autres, un jour où je m'étais réveillé avec l'espoir béat de recevoir un message d'elle, de continuer notre belle histoire de quelques lignes de plus.

J'avais envoyé mon habituel « Bonjour mon amour » le matin, avec un cœur, avec un sourire, avec toute la tendresse que je pouvais condenser dans quelques caractères.

Elle a répondu plusieurs heures plus tard. Et sa réponse n'avait rien à voir avec ce à quoi je m'attendais.

« On doit parler. »

Trois mots. Trois mots qui, dans l'univers des relations amoureuses, sont synonymes de catastrophe imminente. Trois mots qui font monter l'adrénaline, qui contractent l'estomac, qui embuent les yeux de larmes avant même de savoir ce qui va suivre.

J'ai répondu immédiatement, le cœur au bord des lèvres, les doigts tremblants si fort que je faisais des fautes de frappe à chaque mot.

« Qu'est-ce qu'il y a ? Tout va bien ? »

Elle a mis du temps à répondre. Des minutes interminables pendant lesquelles j'ai imaginé le pire, puis le pire du pire, puis des scénarios encore plus catastrophes que le pire du pire.

Et puis elle a écrit.

« Je ne t'aime plus. »

Cinq mots. Cinq mots qui ont fait s'effondrer mon monde. Cinq mots qui ont transformé mon ciel en enfer, ma joie en désespoir, mon avenir en ruines.

« Je ne t'aime plus. Il faut que tu m'oublies. »

J'ai relu ces phrases encore et encore, espérant à chaque relecture que j'avais mal compris, que c'était une blague cruelle, que le monde ne pouvait pas être aussi injuste, aussi brutal, aussi dénué de compassion.

Mais les mots restaient là, impitoyables, gravés sur mon écran comme une sentence de mort.

« Je ne t'aime plus. Il faut que tu m'oublies. »


Chapitre 10

Les questions sans réponses

Je ne me souviens pas exactement de ce que j'ai répondu. Je sais que j'ai écrit des dizaines de messages. Des messages désespérés, suppliants, pathétiques. Des messages où je la suppliais de revenir sur sa décision, de me donner une chance, de m'expliquer ce que j'avais fait de mal.

« Pourquoi ? »

ai-je demandé, encore et encore.

« Pourquoi ? Qu'est-ce que j'ai fait ? Qu'est-ce qui a changé ? On était si heureux, on s'aimait tant... Pourquoi ? »

Mais les réponses qu'elle m'a données étaient vagues, évasives, insuffisantes. Elle ne m'aimait plus, c'était tout. Elle ne pouvait pas m'expliquer pourquoi. Les sentiments n'obéissaient pas à la logique, n'est-ce pas ? On n'aimait plus, et c'était comme ça. Point final.

« Mais on ne s'est jamais vus ! »

ai-je écrit, la rage et la douleur mêlées dans chaque mot.

« On ne s'est jamais entendus ! On ne s'est jamais touchés ! Comment peux-tu ne plus m'aimer quand notre amour n'a jamais été testé par la réalité ? Comment peux-tu abandonner quelque chose qu'on n'a même pas commencé ? »

Elle n'a pas répondu à ces questions. Ou plutôt, elle a répondu par le silence. Ce silence glacial, définitif, qui est la pire des réponses.

Les jours qui ont suivi ont été les plus sombres de mon existence. Je ne mangeais presque plus. Je ne dormais plus. Je passais des heures à relire nos anciennes conversations, à chercher le moment précis où tout avait basculé, à me demander ce que j'aurais pu faire différemment, ce que j'aurais dû dire ou ne pas dire.

Mais je ne trouvais pas de réponses. Parce qu'il n'y en avait pas. Parce que notre histoire n'avait jamais été construite sur quelque chose de solide. Parce que notre amour n'avait jamais été réel — du moins, pas assez réel pour résister à l'épreuve du temps.